Fiche technique
- Titre : Méduse bleue
- Date : 1972
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : 81 × 110 cm
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
En 1972, Breuillaud approfondit l’ouverture de son univers bleu : après les matrices rouges de 1971, les formes cessent d’être des corps déformés par le magma et deviennent des organismes autonomes, évoluant dans une nuit fluide. La logique de la pesanteur disparaît au profit d’une gravité liquide, sans orientation fixe, où l’espace pictural prend l’aspect d’une « eau cosmique ».
Méduse bleue appartient à cette étape où l’organisme n’est plus seulement issu de la matière, mais devient lui-même matière vivante. La notice source signale également une mention « Pillement 1967 » dans la documentation associée, indication qui souligne la continuité de la terminologie des formes flottantes tout en montrant ici son aboutissement en apparition indépendante.
Description plastique / stylistique
Dans un champ bleu-noir, traversé de nappes sombres et de veines vertes, se détachent deux formes luminescentes, jaune-vert, comme gélatineuses. La plus grande, à gauche, s’ouvre en éventail et se prolonge en courbe, avec des pointes souples qui évoquent des filaments ou des flammes sous-marines ; des yeux incrustés et des nodules internes y apparaissent, donnant à la créature une perception diffuse.
À droite, une seconde entité, plus ramassée, prolonge la première comme un écho : même éclat intérieur, même flottement, mais avec des appendices plus effilés, suspendus dans la nuit bleue. Autour d’elles, des silhouettes fantomatiques et des traces de membranes suggèrent que tout le milieu est habité, non par des personnages, mais par des courants de vie et des rémanences.
La matière picturale ménage des halos et des effacements, si bien que les organismes semblent se former et se dissoudre dans le même mouvement. La lumière n’éclaire pas depuis l’extérieur : elle vient de l’intérieur des formes, comme une énergie contenue qui irradie doucement dans l’abyme.
Analyse comparative / corpus voisin
Par rapport à Spectralis, où le monde bleu s’organise autour d’une entité verticale et d’une tension axiale, Méduse bleue privilégie la dérive et la souplesse : les formes sont plus compactes, plus incarnées, mais résolument post-humaines. À l’inverse d’Origine, qui met en scène une matrice génératrice, l’organisme ici se donne comme auto-engendré, déjà doté d’une cohérence interne.
L’œuvre se distingue également d’Obsession : toute rémanence rouge a disparu, remplacée par une logique gélatineuse et luminescente. Cette famille d’organismes flottants annonce les développements de 1972–1973, puis les êtres fluides et les grandes membranes des années suivantes, où le vivant se pense comme une configuration de lumière et de milieu.
Justification de datation et d'attribution
La palette dominée par le bleu nocturne et les verts luminescents, associée à des éclats jaune dense, correspond à une signature chromatique typique de 1972. La présence d’organismes autonomes, non dérivés directement de l’anatomie humaine, situe l’œuvre dans la phase où Breuillaud invente des créatures « flottantes » au sein d’un milieu abyssal. La notice source mentionne Vence au verso et une reproduction au Catalogue Michelle Philippon (1992), éléments qui confortent l’ancrage chronologique. L’attribution se confirme par la cohérence de la facture : halos internes, contour perméable, et fusion du biologique et du cosmique en une seule substance picturale.
Provenance / expositions / publications
Catalogue Michelle Philippon (1992).
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
