Fiche technique
- Titre : Mirage au clair de lune
- Date : 1973
- Technique : Huile sur papier (HSPap)
- Dimensions : 33x41
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
L’année 1973 correspond à une phase de stabilisation du « bleu cosmique » apparu en 1972, mais aussi de réorientation vers un monde diurne / crépusculaire, moins saturé en tension verticale que 1971 et moins microscopique que 1972.
Breuillaud alterne alors :
grands cycles cosmiques où les entités se constituent en sphères,
miniatures atmosphériques, comme ici, où la scène semble « vue » à travers une pellicule de rêve.
À Vence, le peintre privilégie les formats moyens (33 × 41, 38 × 46, 41 × 33), supports d’études autonomes ; ils servent de laboratoire d’interactions entre êtres, lumière et matière.
- Mirage au clair de lune appartient à ce second versant : une scène « observée » plutôt qu’une scène « produite ».
Description plastique / stylistique
- Une scène crépusculaire tendue entre jaune lunaire et bleu profond
La composition se joue sur un gradient vertical de lumière :
- en bas : masses sombres, bleutées, presque marécageuses ;
- en haut : halo jaune pâle, comme un ciel blanc qui se déchire ;
- au centre : lumières rondes, solaires ou lunaires, entourées d’auréoles organiques.
Ce contraste crée un effet de clair de lune inversé, où la lumière semble surgir de l’intérieur des formes plutôt que du ciel.
- Apparition d’entités hybrides, déjà post-humaines
On reconnaît plusieurs types de figures :
êtres filiformes avec têtes ovoïdes (signature du cycle Vence 1973),
formes-totems verticales, sombres et saturées,
entités spiralées dont les têtes s’enroulent en membranes.
Les silhouettes ne sont plus humaines :
elles sont émergentes, dont certaines semblent se déplier hors du sol ou se tendre vers la lumière lunaire.
Les corps sont faits de :
tendons,
membranes translucides,
ouvertures,
poches internes,
filaments nerveux.
- Aucune stabilité corporelle : un monde encore mouvant.
- Les sphères lunaires : organes lumineux
Les cercles jaunes sont des organes-lunes :
l’un en haut à droite, vaste, spiralé,
un autre plus petit, presque « perce-voile »,
un troisième réduit à un noyau d’énergie.
Ils ne sont pas des astres, mais des centres sensoriels, des points où l’espace se concentre.
Chaque sphère semble reliée à une figure par un cordon vibratoire, indiquant une circulation d’énergie.
- Un espace théâtral, presque rituel
Malgré le petit format, la scène adopte une mise en place théâtrale :
êtres disposés en frise,
une sorte de procession ou de rencontre,
point de tension au centre,
dominante horizontale rare chez Breuillaud à cette époque.
C’est un théâtre spectral, où les personnages semblent attendre, apparaître, se dissoudre.
Analyse comparative / corpus voisin
Dans la séquence CCL 1973
Cette œuvre se situe entre :
les études bleues 1972–1973, plus intérieures,
et les grands cycles 1974, où les êtres prennent pleine autonomie spatiale.
Mirage au clair de lune conserve encore :
un ancrage au sol,
une horizontalité,
une relation « scène-spectateur ».
Affinités internes
Elle partage avec :
Spectralis (1972) → la logique des halos internes
Extension cosmique (1971–72) → la montée vers le haut
Obsession (1972) → le travail sur les noyaux d’énergie foncés
Mais elle s’en distingue par l'introduction d’un paysage, chose rare à cette période, même si ce paysage reste spectral et non géographique.
Justification de datation
Palette jaune-blanc + bleu nuit typique de 1973.
- Construction atmosphérique propre au cycle CCL : pas encore les membranes pleines de 1974.
Présence de formes spiralées-lunaires, très datées dans le corpus interne.
Provenance Vence cohérente.
Reproduit, daté et titré au Catalogue Michelle Philippon (1992)
→ Datation certaine.
Provenance / expositions / publications
Vence, atelier.
Support papier marouflé (HSPap).
Format standard des études visionnaires.
Catalogue Michelle Philippon (1992)
Données images
- Huile sur papier : matière mate, absorbée, légèrement fibreuse.
Couche fine, glacis superposés.
Jaunes solaires, bleus nocturnes, noirs lustrés.
Filaments nerveux dans l’encerclement des sphères.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud,
