Fiche technique
- Titre : La Ferme Rabeyrette (II)
- Date : 1940
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : 46 × 55,5 cm
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
La reconnaissance de la ferme Rabeyrette donne un ancrage précis à cette œuvre précédemment intitulée Paysage provençal. Elle appartient à un ensemble de trois vues du même lieu, réalisées en 1940, dans lesquelles les bâtiments agricoles, les arbres et les deux sommets du Graveyron constituent un répertoire commun.
Cette seconde version resserre la composition autour de la relation entre la ferme et un grand olivier. Le paysage demeure clairement identifiable, mais sa cohésion dépend d’abord de l’emboîtement des masses et des rapports entre les couleurs. Le motif architectural et le motif végétal se partagent la surface sans que l’un soit réduit au rôle de simple accompagnement de l’autre.
La comparaison avec les deux autres tableaux permet de mesurer cette recherche d’équilibre : un même site fournit à Breuillaud plusieurs possibilités de construction, plutôt que les éléments d’une répétition à l’identique.
Description plastique / stylistique
La composition associe une ferme disposée dans la moitié gauche et un olivier qui s’élève à droite du centre. Le tronc sombre, infléchi puis ramifié, prend appui dans un sol clair. Ses branches conduisent vers une couronne ample, traitée en masses vertes ponctuées de touches plus lumineuses. L’arbre s’impose par sa silhouette, mais laisse une part importante des bâtiments visible.
Le corps principal de la ferme se développe selon une longue horizontale légèrement oblique. La toiture chaude, les façades ocre-gris et les ouvertures sombres en assurent la lisibilité. Une dépendance plus basse, à gauche, introduit un contraste marqué entre la clarté de son mur et le rectangle presque noir de son entrée. À droite, un pignon éclairé prolonge l’architecture derrière les feuillages.
Le premier plan se distingue par son dégagement. De larges surfaces saumon, ocre et jaune pâle accueillent l’ombre de l’olivier, tandis qu’une bande de terrain plus sombre traverse obliquement la partie inférieure gauche. Cette alternance de plages claires et foncées relie l’arbre à la ferme et donne une direction au regard.
À l’arrière-plan, les coteaux sont réduits à de grandes étendues colorées, ponctuées de végétation. Le Graveyron se découpe sous un ciel bleu dense. Ses versants rosés et ses ombres vert-bleu reprennent, à une autre échelle, les oppositions présentes dans le paysage proche. La silhouette élancée d’un cyprès, à droite, apporte une verticale étroite en contrepoint de la couronne étalée de l’olivier.
La lumière s’exprime principalement par les rapports entre les surfaces : murs clairs, toit orangé, terres chaudes et feuillages frais. Les passages de brosse restent visibles, notamment dans la végétation et les sols. La simplification n’efface pas la matière ; elle lui donne une direction et l’intègre à la construction des volumes.
Analyse comparative / corpus voisin
Par rapport à La Ferme Rabeyrette (I), AB-GU-1940-008, cette version abandonne la distribution latérale de plusieurs arbres au profit d’un motif végétal dominant. La ferme occupe davantage de place et son articulation avec l’olivier devient le principal enjeu de la composition. Le paysage prend ainsi un caractère plus concentré, sans perdre son ouverture vers les reliefs.
Le rapprochement le plus étroit concerne La Ferme Rabeyrette (III), AB-GU-1940-010. Les deux tableaux associent un arbre de premier plan à un ensemble bâti situé derrière lui, sous le même double sommet. Ils ne constituent cependant pas des reprises strictement superposables : les proportions, les recouvrements et la répartition des zones éclairées sont remaniés.
Dans la version II, les bâtiments restent largement lisibles et le sol clair ménage une ample respiration autour du tronc. Le feuillage participe à une circulation entre les verts du proche et ceux du lointain. Dans la version III, l’arbre forme un écran plus important ; les bleus-verts s’affirment et la clarté se concentre davantage sur des fragments d’architecture.
Cette version II se distingue donc par un équilibre particulièrement ouvert entre le bâti, le végétal et les surfaces de terrain. Sa luminosité paraît répartie entre plusieurs zones plutôt que réservée à un seul foyer. La présence sensible du lieu repose sur cette circulation de la lumière autant que sur l’identification des formes.
Justification de datation et d’attribution
La date de 1940 est conservée conformément aux informations du catalogue et au regroupement des trois représentations de la ferme Rabeyrette. Leur parenté topographique et plastique renforce la pertinence de cette présentation commune, sans permettre de déterminer l’ordre dans lequel elles ont été peintes.
La construction par grandes plages colorées, la simplification des bâtiments, le dessin sinueux de l’olivier et l’usage de contrastes chauds et froids constituent les principaux éléments de rapprochement. La signature visible en bas à droite complète ces observations. Aucune date n’est lisible sur la reproduction.
Les différences de clarté et de saturation entre les photographies appellent une certaine prudence dans l’appréciation des nuances exactes ; les différences de cadrage et d’organisation des masses demeurent, en revanche, nettement observables.
© Bruno Restout — Catalogue raisonné André Breuillaud
