Fiche technique
- Titre : Autoportrait 1935
- Date : 1935
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 61x50
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
Un autoportrait daté et revendiqué par l’artiste (« mon portrait » au dos) constitue un jalon majeur pour documenter la période ancienne du corpus. En 1935, Breuillaud se fixe dans un exercice à la fois technique (ressemblance, modelé, lumière) et identitaire : un portrait frontal qui établit un repère chronologique et stylistique, bien en amont des simplifications et des constructions par plans qui caractériseront les cycles de l’après-guerre.
L’œuvre se présente comme un portrait à mi-buste, de format vertical, où le peintre se représente dans une tenue quotidienne. L’iconographie sobre et l’absence de décor narratif renforcent l’idée d’une image de référence, conçue pour “tenir” dans le temps davantage que pour illustrer un épisode.
Description plastique / stylistique
Sur un fond neutre brun-gris, animé de larges brossages circulaires, la tête et le buste se détachent sans accessoires. Le visage, légèrement tourné, est cadré assez haut et occupe le centre exact de la composition. Le regard n’affronte pas frontalement le spectateur : les yeux semblent légèrement décalés, comme pris dans une réflexion silencieuse. L’expression demeure retenue, presque mélancolique, accentuée par la bouche fermée et le modelé adouci des joues.
Un chapeau sombre à large bord, vert profond, introduit une diagonale nette : le bord coupe le front et projette une ombre sur l’œil gauche, ce qui dramatise discrètement la lumière. Le vêtement est traité en tons clairs (manteau beige/gris), tandis qu’une écharpe multicolore (rouges, bleus, verts assourdis) concentre la vibration chromatique au niveau du cou. Ces accords froid/chaud restent contenus : la palette privilégie les demi-teintes, avec quelques rougeurs sur les pommettes et le nez qui donnent au visage une présence vive.
La touche paraît fine et construite, sans empâtement spectaculaire : les transitions du modelé se font par superpositions et frottis, tandis que le fond conserve des traces de brosse visibles qui valorisent la matière. Les contours ne sont pas dessinés au trait mais obtenus par contraste de valeurs, ce qui confère au portrait une sobriété classique, malgré une liberté perceptible dans le traitement du fond. La signature « Breuillaud » accompagnée de la date « 35 » est lisible en bas à gauche.
Analyse comparative / corpus voisin
Cet autoportrait se distingue nettement des œuvres d’après-guerre par son naturalisme et par l’importance accordée au modelé du visage. Il éclaire, par contraste, l’évolution ultérieure de Breuillaud : là où les cycles PR1/PR2 tendront vers la simplification des traits et la construction de l’espace en plans colorés, l’artiste privilégie ici la continuité des volumes et une lumière enveloppante.
La diagonale du chapeau et la mise en réserve d’un fond presque “abstrait” (brossages circulaires) annoncent toutefois une sensibilité à la structure et au rythme : même dans un registre encore classique, l’image est pensée comme une composition de masses (chapeau sombre, visage clair, écharpe colorée) hiérarchisées avec précision.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1935 est doublement assurée : la signature et la date « 35 » visibles au recto, ainsi que l’inscription au revers (œuvre signée, datée 1935 et notée « mon portrait »). Cette mention autographe renforce l’attribution à André Breuillaud et l’identification du sujet comme autoportrait. Une photographie du revers (graphie, emplacement exact des inscriptions) permettrait de consigner précisément ces éléments dans le dossier.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
