Accueil du catalogue · Index des œuvres · Site principal

Le Barroux (1945)

AB-PR1-1945-001 Le Barroux

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Daté de 1945, Le Barroux s’inscrit dans l’ensemble des paysages provençaux où André Breuillaud associe l’observation des lieux à une organisation fortement construite des formes. Les terres cultivées, les arbres et les reliefs occupent l’essentiel de la surface ; l’ensemble bâti qui donne son titre au tableau n’apparaît qu’au loin, dans la partie supérieure droite. Le peintre ne propose donc pas une vue architecturale rapprochée, mais inscrit le lieu dans l’étendue de son paysage.

La date portée sur la toile constitue un repère utile entre les vues de la ferme Rabeyrette de 1940 et les paysages plus géométrisés répertoriés autour de 1950. Cette position chronologique ne suppose pas une évolution uniforme : l’œuvre conjugue une construction synthétique des grandes masses et une touche libre, particulièrement sensible dans les pierres, les feuillages et les terrains.

Description plastique / stylistique

Le format horizontal accueille un paysage étagé, dont la profondeur se construit par une succession de terrains obliques. Une large plage orangée occupe le premier plan. Au-dessus, une bande sombre, puis un muret de pierres claires descendant vers le bord droit, introduisent des diagonales qui empêchent la composition de se réduire à un simple empilement de registres.

Le muret joue un rôle essentiel. Ses touches ivoire, rosées et gris-bleu donnent une densité matérielle au proche et relaient la clarté des terres. Il s’articule à un arbre au tronc incliné, situé à droite du centre, dont les branches partiellement dégagées traversent les masses vertes. À gauche, un autre arbre, plus arrondi et plus feuillu, prend appui dans le sol lumineux. Ces deux silhouettes forment des repères asymétriques : l’une retient le regard par son volume, l’autre le conduit vers l’intérieur par son dessin ramifié.

Entre les arbres et les reliefs se succèdent des masses de végétation, des parcelles claires et des zones d’ombre bleu-vert. Quelques alignements de petits arbres suggèrent l’organisation agricole du territoire sans la décrire minutieusement. L’espace reste lisible, mais chaque fragment contribue d’abord à l’équilibre des surfaces.

L’arrière-plan est occupé par des reliefs aux crêtes fermement dessinées. Les pentes brunes, ocres, vertes et violacées s’emboîtent en larges pans sous un ciel bleu modulé. Sur la droite, l’ensemble bâti clair forme un accent de petite taille, mais de forte intensité. Sa lumière répond aux pierres du premier plan et relie visuellement le proche au lointain.

La palette oppose la chaleur des terres orangées à la fraîcheur des verts et des bleus. La profondeur est ainsi soutenue par les contrastes autant que par les recouvrements. La touche suit les motifs : passages larges dans les champs et le ciel, accents plus fragmentés dans les feuillages et le muret. Cette diversité de facture maintient une sensation de matière et de lumière au sein d’une composition très ordonnée.

Analyse comparative / corpus voisin

Le rapprochement avec La Ferme Rabeyrette (I), (II) et (III), respectivement AB-GU-1940-008, AB-GU-1940-009 et AB-GU-1940-010, fait apparaître un vocabulaire commun : étagement des terrains, arbres structurants, reliefs simplifiés et opposition entre les terres chaudes et les ombres froides. Dans les vues de la ferme, toutefois, le bâti constitue un foyer central ou intermédiaire, directement associé aux arbres. Dans Le Barroux, l’architecture est reportée au loin : le paysage agricole devient le sujet principal, tandis que le bourg agit comme un point d’aboutissement.

Cette mise à distance renforce le rôle du premier plan. Le muret clair, les terres orangées et les troncs donnent au spectateur une position sensible dans le paysage, avant que le regard ne franchisse les plans successifs. L’œuvre ne se limite donc pas à juxtaposer des masses : elle construit un parcours entre des échelles et des textures différentes.

En regard de Paysage provençal, AB-PR2-1950-002, daté vers 1950, Le Barroux conserve des liaisons plus souples entre les formes. Dans la composition plus tardive, les troncs et les feuillages s’affirment en facettes anguleuses ; ici, les courbes des arbres, les modulations des terrains et la diversité de la touche préservent davantage la continuité du motif. La singularité de cette toile de 1945 réside dans cet accord entre ampleur panoramique, construction par plans et présence concrète des choses.

Justification de datation et d’attribution

La signature « Breuillaud » et la date abrégée « 45 », visibles en bas à gauche et confirmées par les informations communiquées, constituent l’appui principal de la datation en 1945. Celle-ci ne repose donc pas sur la seule comparaison stylistique. L’acquisition signalée vers 1947 est compatible avec cette date, sans se substituer à l’inscription portée sur l’œuvre.

La signature et les affinités avec les paysages provençaux du corpus soutiennent l’attribution : volumes simplifiés, arbres au dessin souple, reliefs construits en pans colorés et accords entre ocres, verts et bleus. La photographie ne permet cependant pas de préciser les conditions d’exécution ni d’établir si la composition a été peinte sur le motif ou reprise en atelier.

Signature et date : Signé « Breuillaud » et daté « 45 » en bas à gauche.

© Bruno Restout — Catalogue raisonné André Breuillaud