Fiche technique
- Titre : Descente de Croix
- Date : 1950
- Technique : Huile sur carton (HSC)
- Dimensions : 38x46
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
Dans l’état actuel du corpus connu, l’année 1950 constitue un moment singulier : Breuillaud aborde, de façon exceptionnelle, un sujet explicitement religieux. « Descente de Croix » paraît s’inscrire dans le même climat de recherche que « Christ en Croix » (1950), où l’artiste transpose son vocabulaire moderne (plans colorés, simplification des visages, contours affirmés) dans une iconographie sacrée. L’hypothèse d’un lien avec le Salon d’Art Sacré (1950–1951) est plausible, mais demeure à confirmer faute de documentation spécifique attachée à cette œuvre.
Description plastique / stylistique
La composition, au format horizontal, présente le corps du Christ allongé au premier plan sur un linceul clair, traité en volumes simplifiés, avec des rehauts et des contours rosés. Autour de lui se rassemblent trois figures au premier plan : à gauche, un personnage brun s’incline et soutient la tête ; à droite, une femme se penche dans un geste de soin (levage, enveloppement, préparation du linceul). Au centre, une figure drapée de bleu, auréolée, se tient debout, la main portée au visage : présence silencieuse qui hiérarchise la scène et l’inscrit immédiatement dans un registre marial.
Au second plan, deux silhouettes étranges, peintes en verts et gris légers et cernées de brun, apparaissent derrière le groupe principal. Elles sont volontairement « dématérialisées » : corps réduits à des plans verticaux, têtes à peine indiquées, gestes schématisés. Cette écriture peut se lire comme une mise à distance — des témoins ou assistants en retrait — plutôt que comme une recherche de portrait. Iconographiquement, elles pourraient correspondre aux auxiliaires traditionnels de la Descente/Mise au tombeau (Joseph d’Arimathie et Nicodème), mais l’artiste les traite comme des figures-signes, presque des fantômes de l’action, afin d’élargir la scène à un collectif sans alourdir la narration.
Le décor est réduit à quelques signes : collines violettes et bleues au fond, silhouettes sombres de cyprès, muret de pierres et ruine verticale à droite, branche d’arbre dessinée en réserve. Cette économie d’éléments évite l’anecdote et confère à l’épisode une dimension intemporelle. La palette privilégie les accords de mauves, roses et ocres, contrebalancés par des bleus profonds (drapés) et des verts assourdis (arrière-plan). Les visages sont volontairement schématisés, parfois réduits à des aplats, ce qui rapproche l’ensemble d’une « icône moderne » plus que d’une narration naturaliste.
Analyse comparative / corpus voisin
Par ses figures aux contours simplifiés et sa dramaturgie par aplats colorés, l’œuvre dialogue étroitement avec « Christ en Croix » (1950). On y retrouve la polarité bleu/ocre, la stylisation des témoins et une volonté de monumentalité obtenue non par le détail, mais par la structure des masses. La différence majeure tient à la mise en scène : « Christ en Croix » est frontale et architecturée autour de la croix, tandis que « Descente de Croix » déploie un récit horizontal, plus ouvert, où le paysage et les ruines participent d’une atmosphère de deuil.
Les deux silhouettes verdâtres du second plan renforcent cette dimension « chorale » : Breuillaud inscrit le drame dans une communauté de témoins, mais les relègue à une présence quasi abstraite, comme s’il voulait préserver la centralité du corps étendu et des gestes de soin au premier plan.
Les rapprochements iconographiques proposés avec la « Descente de Croix » antérieure de Georges Rouault (parenté de la simplification des visages, de la gravité et d’une spiritualité non naturaliste), avec celle de Marc Chagall, postérieure, (récit collectif, couleur symbolique, corps du Christ comme axe émotionnel) sont particulièrement éclairants. Chez Breuillaud, toutefois, la construction reste plus compacte et plus « structurale » : les drapés et les corps se lisent comme des plans emboîtés, et la scène évite les effets de flottement au profit d’une présence terrestre, presque rurale, du drame.
Justification de datation et d'attribution
Bien que l’œuvre soit non datée, plusieurs indices concordent avec une datation en 1950 : simplification anguleuse des silhouettes, usage de contours colorés pour solidifier les volumes, palette contrastée (bleus profonds opposés à des terres chaudes), et traitement synthétique des visages. La cohérence stylistique avec « Christ en Croix » (1950) renforce l’hypothèse d’un moment de production rapproché. L’attribution à Breuillaud est soutenue par ce vocabulaire formel caractéristique de la phase PR1 à la charnière 1948–1951, transposé ici à un sujet sacré. Une confirmation documentaire (catalogue, photographie d’accrochage, mention d’exposition) permettrait de préciser le contexte exact et la finalité (Salon d’Art Sacré ou commande).
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
